| (Mercredi 4 avril 2007 ) – Démarche artistique / résister. Dans le milieu des arts visuels, chaque fois qu'un artiste demande une subvention on lui demande d'écrire une démarche artistique. C'est un texte court dans lequel l'artiste est appelé à décrire son oeuvre et clarifier son projet. C'est une particularité du métier enseignée dans les universités. La procédure est étendue aux demandes d'exposition dans les lieux de diffusion. Là, le texte faciliterait la rencontre entre le public et les œuvres. Les artistes l'ont adopté pour leurs expositions indépendantes. Son usage généralisé est convenu. Un grand courant artistique émane de cette procédure. Toute une économie. Tout un système. Des milliers d'artistes Québécois y participent. Le rite de la démarche artistique en est un fondement. Ce n'est pas celui au sein duquel je travaille. Je ne demande pas de subventions et suis habituellement producteur de mes propres expositions. J'aime pourtant beaucoup en écrire parce que cela me permet de développer un discours. À chaque démarche artistique qu'on me demande occasionnellement de produire je change complètement de propos. Même si essentiellement je peins toujours de la même manière. J'essaie de dire mieux ou dire autrement et parler d'un aspect dont je n'avais pas encore parlé. Mes textes passent toujours à côté. Ce n'est pas grave parce que mon discours de toute façon est une œuvre en soi, à côté -justement- de mon œuvre de peintre. Je suis donc peintre professionnel et, par ailleurs, écrivain amateur de démarche artistique. Tout de même, j'ai envie de résister à cette convention pas toujours pertinente. Mes textes sont du culte du langage. Mes tableaux du culte de la vision. Par soucis de ne pas confondre les genres, j'ai décidé de ne plus en écrire systématiquement et sur demande. J'invite les artistes qui n'en sentent pas la nécessité à résister. Jaber Lutfi |